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Archives audiovisuelles et histoire politique : le Parti socialiste à travers le fonds de la Fondation Jean‑Jaurès

Archives audiovisuelles et histoire politique : le Parti socialiste à travers le fonds de la Fondation Jean‑Jaurès

Article rédigé par Jean-Marc Parent, documentaliste multimédia à l’INA, en collaboration avec Elsa Marty, chargée de mission pour la valorisation scientifique des collections. L’ensemble des sources citées dans cet article sont consultables à l’INAthèque. Cet article est issu du carnet de recherche INAthèque.

Congrès de Metz, 1979

Les archives audiovisuelles de la Fondation Jean‑Jaurès, désormais consultables à l’INA thèque, offrent une ressource essentielle pour comprendre les grandes inflexions de la vie politique française depuis l’après‑guerre. Leur intérêt principal réside dans l’accès inédit à des documents internes du Parti socialiste – pour la plupart jamais diffusés – qui éclairent son organisation, ses recompositions successives et les trajectoires de figures politiques majeures telles que Pierre Mauroy, François Mitterrand, Lionel Jospin, Laurent Fabius, Martine Aubry, Ségolène Royal, Michel Rocard, Jean‑Luc Mélenchon ou Yvette Roudy. Ces archives permettent ainsi de saisir comment ce parti, acteur central des alternances, s’est positionné face aux défis structurants de la période : crises économiques, construction européenne, modernisation de l’action publique, montée des enjeux environnementaux et égalitaires, mais aussi progression de l’extrême droite.

Présentation

Depuis sa création en 1992, la Fondation Jean-Jaurès assure la collecte, la gestion et l’animation des documents ayant trait à l’histoire du Parti socialiste depuis ses origines, comme à celle du mouvement social-démocrate en général. Elle se définit comme « un think tank, un acteur de terrain et un centre d’histoire au service de tous ceux qui défendent le progrès et la démocratie dans le monde1 ». Par convention signée en date du 6 octobre 2015, la Fondation a confié la sauvegarde et la numérisation de son fonds audiovisuel à l’INA, en vue de sa mise à disposition auprès d’un public de chercheurs. Le fonds s’étend de juillet 1935 à avril 2013. Il est majoritairement composé de captations de réunions internes du PS (comités directeurs, conventions nationales, congrès, conseils nationaux, colloques, universités d’été…), de meetings, réunions publiques, conférences de presse, ainsi que de productions télévisuelles et radiophoniques (reportages, documentaires, magazines), pour un volume général d’environ 3500 notices. Chaque document, pouvant regrouper plusieurs matériels, a fait l’objet d’une écoute et d’une description documentaire. Ces archives audiovisuelles complètent et enrichissent le fonds important d’archives écrites conservées et valorisées par la Fondation Jean-Jaurès, dont une partie a été numérisée et est accessible en ligne.

Voir et entendre la vie politique : le Parti socialiste à travers ses archives audiovisuelles

Refondé en 1969, le Nouveau Parti socialiste se présente comme l’héritier d’une tradition politique façonnée par les évolutions de la société française et les débats relatifs à l’égalité, à la citoyenneté et à la justice sociale.

Naissance du PS et évènements fondateurs

La naissance du Parti socialiste français s’inscrit dans le contexte de la crise profonde traversée par la gauche à la fin des années 1960, marquée par la marginalisation de la SFIO et les recompositions politiques consécutives aux événements de mai 1968. Le 21 janvier 1970, un débat public se tient à Suresnes. Organisé par le Centre National d’Etudes et de Promotion (CEDEP), il illustre les enjeux de l’unification de la gauche française au milieu des années 1970. Les enregistrements du débat (discours de Robert Pontillon et Pierre Mauroy, Jean Poperen et Gilles Martinet, François Mitterrand) documentent bien les positionnements des responsables des différents courant du Parti, et représentent ainsi une source précieuse pour en étudier la diversité.

Le Congrès d’Épinay, organisé du 11 au 13 juin 1971, constitue un autre moment fondateur, au cours duquel le nouveau Parti socialiste parvient à rassembler des courants idéologiques hétérogènes autour d’un objectif commun : reconstruire une force capable d’accéder au pouvoir dans le cadre de la Ve République. Sous l’impulsion de François Mitterrand, élu Premier secrétaire, cette refondation repose sur une stratégie d’union de la gauche, avec le mandat de préparer les bases d’un accord de gouvernement avec le Parti communiste français – le Programme commun -, et sur l’adoption d’un projet socialiste renouvelé, conciliant l’héritage doctrinal et l’adaptation aux réalités institutionnelles. Le documentaire à base d’archives 1971-1991 : 20 ans déjà ! réalisé par Danièle Molho et produit par Serge Moati à l’occasion de l’anniversaire du congrès revient sur l’importance de ce congrès dans l’histoire du Parti. François Mitterrand y exprime sa stratégie (l’union de la Gauche), son projet (« changer la vie »), sa ligne politique et présente le logo du parti (le poing et la rose).

Le temps des campagnes : élections et mobilisations

Le fonds permet de suivre de « l’intérieur du parti » les campagnes électorales des différentes élections grâce à de nombreux documents internes (comités directeurs, conventions nationales, meetings, réunions de section, débat avec des militants), qui complètent et prolongent les captations d’émissions télévisées et radiophoniques par ailleurs consultables à l’INAthèque.

Présidentielles et législatives

Outre les meetings, reportages, interviews, clips de campagne couvrant les élections présidentielles et législatives de 1981 à 2012, le fonds comprend également des émissions plus confidentielles, à l’image du programme Télé Val de Seine : émission spéciale présidentielle 1988. Cette émission animée par Valérie Arnal et Pierre Geny propose une analyse des résultats au niveau national mais aussi et surtout au niveau local, avec un focus sur les villes de Suresnes, Sèvres et Saint-Cloud, en compagnie d’invités politiques. Autre document plus inattendu : l’enregistrement de ce meeting dans le Nord lors de la campagne des élections législatives et régionales du 16 mars 1986, réunissant plus de 5 000 personnes pour un banquet républicain. L’évènement est l’occasion d’annoncer les candidats de la région, soit Michel Delebarre, Ministre du Travail, de l’Emploi et de la Formation professionnelle et Pierre Mauroy, maire de Lille, présents dans la salle.

Élections locales2

Le Parti socialiste a tiré une grande partie de sa légitimité politique de ses succès dans ce type de scrutins : les municipales, en particulier, ont constitué un tremplin décisif. Les victoires de 2004 et 2010, où la gauche unie emporte presque toutes les régions, marquent une apogée de cette implantation territoriale. Le fonds comprend de nombreux documents audiovisuels produits à l’occasion des différentes campagnes électorales locales : municipales de 1983 à 2008, cantonales de 1985 à 1998 et régionales de 1998 à 2010. Ces documents rendent compte des mutations du paysage politique, comme dans ce reportage sur le meeting de Lionel Jospin à Saint Ouen L’Aumône lors des Campagnes cantonales de 1985, où le premier secrétaire du PS dénonce l’alliance entre la droite et l’extrême-droite.

En 1998, le meeting de Lille, organisé dans le cadre de la campagne régionale, symbolise l’union de la gauche dans le Nord-Pas-de-Calais. Une prestation musicale avec des artistes locaux précède les discours de Pierre Mauroy, sénateur maire socialiste de Lille, Michel Delebarre, maire socialiste de Dunkerque et tête de liste de la gauche rassemblée, Jean-Michel Baylet, président du Parti Radical de Gauche (PRG), Georges Sarre, président délégué du Mouvement des Citoyens (MDC), Robert Hue, secrétaire national du Parti communiste (PC), et de François Hollande, récemment nommé premier secrétaire du Parti socialiste.

Le parti produit régulièrement des clips de campagne, comme « Les régions qu’on aime » réalisé en vue des élections régionales des 14 et 21 mars 2010. La gauche remporte largement ces élections avec 54,1 % des voix, un score supérieur à celui de 2004 (50,6 %) et le meilleur depuis les législatives de 1981.

Élections européennes

Ces élections occupent une place particulière dans la vie politique française depuis leur instauration au suffrage universel direct en 1979. Dans les années 1980 et 1990, le PS s’impose comme l’une des principales forces françaises au Parlement européen, en tirant parti de sa position dominante dans la gauche et de son ancrage dans les institutions européennes. Plusieurs documents rendent compte de cette dynamique, comme cet enregistrement de Lionel Jospin présentant le programme politique du PS français pour les élections européennes du 17 juin 1984. Le premier secrétaire du Parti socialiste y évoque l’unité des partis socialistes européens, contrairement aux partis conservateurs, et défend les positions du PS en matière de politique économique et agricole, de progrès social, et de modèle de civilisation. En 1989, les interviews de Nora Zaidi et André Sainjon reflètent les préoccupations politiques et l’engagement personnel de ces deux candidats socialistes aux élections européennes : jeunesse, éducation, immigration, droits des travailleurs… Cette vision d’une « Europe solidaire » est d’ailleurs incarnée par le Clip de campagne réalisé pour l’élection européenne du 12 juin 1994 : composé d’un micro-trottoir et des déclarations de Michel Rocard et Catherine Trautmann, il s’appuie sur le slogan : « L’Europe oui, mais solidaire ».

Référendums

Le fonds contient aussi des documents produits lors des campagnes électorales pour des référendums nationaux ou européens. En vue du référendum du 6 novembre 1988 sur l’autodétermination de la Nouvelle-Calédonie, par exemple, le Parti socialiste réalise un reportage dans le cadre de sa campagne appelant à voter pour le projet de loi : Expression directe : PS Nouvelle-Calédonie. En 1992, dans le cadre de la campagne pour le référendum sur le traité de Maastricht, le Président de la Commission Européenne Jacques Delors accorde un entretien au journaliste économique Jean Boissonnat pour soutenir le projet de monnaie unique en Europe – comme le prévoit le futur traité – à travers une banque centrale européenne pensée pour renforcer l’économie européenne et lutter contre la crise monétaire.

2 : Aujourd’hui départementales – dans les faits depuis 2015

Débattre et gouverner : la vie interne du parti

Les nombreux enregistrements de réunions contenus dans le fonds permettent de comprendre le fonctionnement interne du parti, son organisation, les différents courants qui l’animent, et de suivre l’évolution de sa stratégie et sa ligne politique au fil des années. Le Congrès de Metz, organisé du 6 au 8 avril 1979, a pour objectif de fixer la ligne politique du parti et d’élire sa direction. Ce congrès, documenté par les captations des différents discours des participants, voit l’affrontement entre rocardiens et mitterrandistes ; la victoire interne de François Mitterrand ouvre la voie à sa candidature pour l’élection présidentielle de 1981. Une décennie plus tard, du 15 au 18 mars 1990, le Congrès de Rennes laisse transparaitre de profondes divisions au sein du parti, perceptibles dans les captations des discours et reportages de journaux télévisés du fonds. On assiste à une guerre de succession entre les cadres du PS (fabiusiens et jospiniens, notamment), qui préparent déjà l’après-Mitterrand. Pierre Mauroy est finalement reconduit et les postes au secrétariat national sont répartis entre les motions. Peu avant le congrès, les enregistrements du Comité directeur des 13 et 14 janvier 1990 documentent également ce moment structurel du Parti.

L’université d’été – qui se tient depuis 1993 à la Rochelle – constitue un autre temps fort dans la vie du PS : les archives audiovisuelles de ces rassemblements comportent nombre de discours, comme celui de François Hollande, premier secrétaire du Parti socialiste, le 28 août 2004, ou encore des conférences et débats-ateliers, comme dans cet enregistrement de 2009 où une première table ronde animée par Harlem Désir est consacrée à la situation de la social-démocratie en Europe. La seconde table-ronde, présentée par David Assouline, est consacrée aux médias : elle réunit le directeur de Mediapart Edwy Plenel, José Maria Patino de la radio espagnole Cadena Ser, le journaliste Éric Dupin et Anne Hidalgo.

Enfin, autres temps d’échanges, de débats et de discussions internes, les conventions nationales du PS sont également bien représentées dans le fonds de la Fondation Jaurès. Ces assemblées permettent d’adopter des orientations politiques autour de thèmes précis : la captation de la Convention Nationale sur l’égalité réelle organisée le 11 décembre 2010 rend ainsi compte des débats, tables rondes et discours consacrés à l’éducation et à l’égalité au quotidien. La Convention nationale pour le lancement des campagnes des municipales (23 et 30 mars 2014) et des européennes (22 au 25 mai 2014), organisée le 7 décembre 2013, est quant à elle dédiée aux thèmes “La ville qu’on aime, éducative, innovante, durable” et “Nos valeurs solidarité, fraternité, la citoyenneté”.

Le Parti Socialiste à la conquête de l’opinion

Le fonds comprend de nombreuses captations d’émissions radio et télévisés, où les personnalités exposent leur vision du socialisme et présentent leur position propre ou celle de leur parti sur un sujet d’actualité.

Construire un discours : communication politique et médiatisation

Les séances de media training de Michel Rocard3, enregistrées entre 1975 et 1976, sont des sources de premier ordre pour les études de communication politique4. Elles offrent un éclairage précieux sur l’évolution de son positionnement politique et sur les thématiques portées par le Parti socialiste au milieu des années 1970. Ancien président du PSU et nouvel adhérent au PS, Michel Rocard y expose à la fois son soutien à François Mitterrand et son attachement au programme commun de la gauche, tout en insistant sur la nécessité de dépasser les divisions persistantes avec le Parti communiste afin de rendre crédible l’alternance. Ses interventions abordent de nombreux enjeux d’actualité : la crise économique, la montée du chômage, la question des nationalisations (comme celle de Citroën), ou encore les orientations de la politique de défense et du service national. Ces enregistrements mettent également en lumière ses réflexions sur des thèmes plus sociaux et sociétaux, tels que l’éducation, la jeunesse, l’écologie, la lutte contre le racisme et le combat anti-drogue. Michel Rocard y développe une vision modernisatrice du socialisme, attentive à l’autogestion dans les entreprises et à la transformation des rapports de production, en écho notamment à l’expérience de Lip. Au-delà des contenus programmatiques, ces séances révèlent aussi un travail de fond sur la communication politique : journalistes et conseillers interrogent la personnalisation croissante de la vie politique, le rapport de Michel Rocard à son parcours personnel et la manière dont il incarne le renouveau du PS. Elles témoignent ainsi d’une double dynamique : l’affirmation du Parti socialiste comme force politique ascendante et la construction d’une figure rocardienne cherchant à concilier rigueur intellectuelle, discours réformateur et stratégie d’union de la gauche.

Le parti informe régulièrement l’opinion publique de ses prises de position politique à travers différents formats audiovisuels et médiatiques faisant écho à l’actualité. Le fonds rassemble ainsi de nombreux reportages réalisés en interne à des fins de communication, le plus souvent à l’occasion de déplacements diplomatiques. Par exemple, le reportage L’aide du PS à la Roumanie après la révolution démocratique (1989) se propose de suivre la délégation du PS menée par Gérard Lindeperg, secrétaire national aux Droits de l’Homme, et Jean-Christophe Cambadelis, député de Paris, à bord d’un avion chargé d’aide humanitaire affrété par le parti, une semaine après la chute du dictateur Ceausescu. La mise en scène de la proximité entre personnalités politiques et citoyens – militants ou non – est un autre ressort bien connu de la communication politique : en 1987, le maire de Lille Pierre Mauroy reçoit à son domicile une équipe de tournage pour un long entretien. Les rushes de tournage le montrent en compagnie de son épouse, se confiant sur sa vie privée, sur le quartier du Vieux-Lille, où il réside depuis quinze ans et sur la façon dont il voit la ville évoluer pour devenir une métropole européenne. De manière générale, clips, spots ou autres supports de campagne d’information permettent d’affirmer la position du parti sur de nombreux sujets : actions menées par le gouvernement (Campagne d’information : Les yeux ouverts, 1982 ; Clip de campagne Bioéthique, 2000), droits des femmes (Femmes faites appliquer vos droits, 1991), engagement antiraciste (Film contre le racisme du Groupe du Parti des Socialistes Européens, 1994 ; Expression directe : les discriminations, 2000), etc.

Le PS propose également des événements ouverts au public pour présenter son programme et élargir son électorat. Le fonds contient par exemple la captation du Forum des idées à Toulouse organisé en 2011 sur le thème « Construire l’avenir : la recherche et l’enseignement supérieur au cœur du changement » avec deux tables rondes et de nombreux invités et personnalités scientifiques. Sur le même modèle et la même année sont organisées Les Rencontres du Changement à Poitiers, avec les interventions de Ségolène Royal, présidente du Conseil Régional de Poitou-Charentes et de Martine Aubry, première secrétaire du Parti socialiste.

3 : Première séance, datée du 08/01/1975. Voir également la deuxième séance, enregistrée le même jour, la troisième et quatrième séance, datées du 19/02/1976, la cinquième séance enregistrée le 13/04/1976, la sixième séance du 04/10/1976, ainsi que la septième et dernière séance de cet ensemble, réalisée en date du 26/05/1977.

4 : Voir notamment :  Guigo, Pierre-Emmanuel, « Le chantre de l’opinion » : la communication de Michel Rocard de 1974 à 1981. Paris, INA Éditions, 2013 (Medias histoire). 266 p. Catalogue en ligne :  https://www.ina.fr/ina-editions/le-chantre-de-l-opinion.

Archives inédites et contre‑champs médiatiques

Des documents du fonds recoupent ou complètent pour certains les collections INA de programmes diffusés (émissions politiques, journaux, interviews, etc.), grâce à des versements à la Fondation faits par des personnalités politiques ou leur famille. Par exemple, le documentaire Certains l’appellent François… est un portrait de François Mitterrand filmé en 1973-1974 en famille à Latché (Landes) et Jarnac (Charente), sa ville natale. L’homme politique s’y confie sur son enfance et sa famille, sa scolarité, la littérature, son service militaire, la Seconde Guerre mondiale, la résistance, son engagement en politique. Des témoignages de ses proches et amis complètent le documentaire. Ce film de 52 minutes, réalisé par Patrick Aubrée, n’a jamais été diffusé à la télévision. En 1990, le Premier ministre Michel Rocard participe à l’enregistrement de la vidéo Un pays comme le nôtre : les défis du socialisme démocratique, réalisée à l’initiative de l’association des Amis de Michel Rocard. Dans cette intervention, il propose une analyse approfondie des transformations démocratiques majeures intervenues en Europe de l’Est et de leurs implications politiques et géopolitiques, tout en revenant sur l’action menée par son gouvernement et sur la situation du Parti socialiste à l’approche du congrès de Rennes.

A l’inverse, plusieurs numéros de la collection Expression directe5 recoupent les collections de l’INA : par exemple Expression directe : Objectif municipales 1989 (discours de Pierre Mauroy, premier secrétaire du Parti socialiste, le 12 novembre 1988 à la Convention nationale du PS à Epinay sur Seine), Expression directe PS Info, Minimum vital (Message du parti socialiste sur la création du RMI – revenu minimum d’insertion – en 1989), ou encore Le PS et le minitel, un reportage de 1989 sur l’utilisation du Minitel pour favoriser le dialogue entre la direction du parti et les militants. Autre exemple, cette fois-ci d’une production documentaire, consacrée à l’histoire du socialisme en France et programmée dans une optique mémorielle : Le siècle des Socialistes : 1905 – 2005. Ce documentaire, diffusé sur France 3 le 30 avril 2005 à l’occasion du centenaire du mouvement, est réalisé entièrement à base d’images d’archives. Il retrace l’histoire du socialisme à travers ses figures marquantes : Jean Jaurès, Léon Blum, Marceau Pivert, Roger Salengro, Vincent Auriol, Daniel Mayer, Guy Mollet, Pierre Mendès France, François Mitterrand, Lionel Jospin, Robert Badinter, Michel Rocard, et ses dates marquantes comme 1936 avec le Front Populaire ou 1981 et 1988 avec l’élection puis la réélection de François Mitterrand comme Président de la République.

De la même manière, des documents audios des stations de radios privées RMC, RTL et Europe 1 figurent dans le fonds, et permettent ainsi de compléter les collections de l’INA, qui ne couvrent pas les productions des chaînes privées avant l’extension du dépôt légal à l’audiovisuel (loi du 20 juin 1992). Il s’agit de captations d’émissions radiophoniques où interviennent des personnalités politiques socialistes6 : Pierre Mauroy dans le Club de la Presse sur Europe 1 le 15 octobre 1978, François Mitterrand dans Le Journal inattendu de RTL le 31 mars 1979, Claude Estier dans La politique autrement sur RMC le 14 janvier 1992…Le président du groupe socialiste au Sénat est à nouveau interviewé sur la même chaîne en 1999, au micro de Philippe Lapousterle, sur la cohabitation politique entre Jacques Chirac et Lionel Jospin, la réforme de la justice présentée par Elisabeth Guigou, la mise en examen de François Bernardini, premier secrétaire de la fédération PS des Bouches-du-Rhône, son soutien à Bertrand Delanoë pour être le candidat socialiste à la Mairie de Paris.

5 : L’émission Expression directe, anciennement Tribune libre, est un programme de service public diffusée à la télévision à partir de 1975 sur TF1, Antenne 2 et FR3, puis sur France 2 et France 3. Elle permet, avec les moyens de l’État, à des groupes représentatifs (partis politiques, syndicats, mouvements d’entrepreneurs) de disposer d’un espace d’expression libre sur les antennes publiques de télévision et de radio.

6 : À noter : près d’une centaine de Clubs de la Presse d’Europe 1 concerne des personnalités politiques de tout bord et même étrangères.

Incarnations du socialisme : François Mitterrand et Lionel Jospin

François Mitterrand, de l’opposition à la présidence de la République

Le fonds rassemble un ensemble de documents, pour partie inédits, permettant de retracer le parcours politique de François Mitterrand au sein du Parti socialiste, depuis sa position dans l’opposition jusqu’à sa victoire à l’élection présidentielle de 1981. À cet égard, le documentaire 90 jours pour gagner, produit par le Parti socialiste en février 1981, offre un éclairage précieux sur les coulisses de cette campagne. Il retrace les principales étapes de la candidature de François Mitterrand, depuis sa demande d’investiture lors du congrès du parti en novembre 1980 jusqu’à son premier discours en tant que candidat officiellement désigné, prononcé lors du congrès de Créteil le 24 janvier 1981. D’autres archives relatives au déroulement du scrutin présidentiel peuvent être mobilisées avec profit : ainsi, le 26 avril 1981, une soirée spéciale organisée par TF1 et France Inter, animée par Jean-Marie Cavada, est consacrée au premier tour de l’élection présidentielle de 1981. Débats et interventions en plateau et en direct des QG des candidats et du ministère de l’Intérieur se succèdent, avec la participation de Pierre Juquin (PC), Jean Pierre Chevènement (PS), Roger Chinaud (UDF), Yves Guena (RPR), Claude Labbé (RPR), Huguette Bouchardeau (PSU), et les interviews d’Arlette Laguillier (LO), René Monory, ministre de l’Economie, Alain Juppé (RPR) et Louis Mermaz (PS). Tous commentent les résultats et annoncent la campagne pour le 2ème tour. Au cours de cette soirée, François Mitterrand intervient en direct depuis Château-Chinon.

Au‑delà de la séquence électorale, le fonds permet également de suivre l’exercice du pouvoir présidentiel et d’éclairer les orientations politiques du chef de l’État et de son gouvernement. À titre d’exemple, un entretien diffusé sur TF1 le 9 décembre 1981 donne à voir un échange en direct entre le Président de la République et les journalistes Pierre Desgraupes et Michèle Cotta, portant sur plusieurs questions d’actualité ainsi que sur des enjeux de politique intérieure, économique et internationale. Dans le même esprit, le discours prononcé par François Mitterrand devant le Parlement européen à Strasbourg, le 24 mai 1984, expose sa vision de la construction européenne et les évolutions qu’il appelle de ses vœux, notamment à travers le projet de création d’une Union européenne. En 1988, le président, partisan de la décentralisation, s’adresse aux élus socialistes dans une Déclaration sur la démocratie et les lois de décentralisation, qui ont donné plus de pouvoir aux élus locaux. Pour citer une dernière source, la Conférence de presse sur la Charte de Paris pour une nouvelle Europe est captée et diffusée le 21 novembre 1990 sur TF1, puis Antenne 2 en direct de l’Elysée. Cette Charte, qui est un traité sur la réduction des armes conventionnels, est signée par vingt-deux états du Pacte Atlantique et du Pacte de Varsovie.

Enfin, en amont de l’élection présidentielle de 1988, le fonds conserve une série de clips réalisés par le Parti socialiste, retraçant l’action du Président de la République et de son gouvernement au cours du premier septennat (1981‑1987), à partir d’images d’archives destinées à dresser le bilan de cette première expérience du pouvoir.

Lionel Jospin : parcours d’un responsable socialiste

Lionel Jospin est une autre figure marquante du Parti socialiste, où il a occupé plusieurs postes importants : responsable national avant 1981, premier secrétaire du Parti socialiste (1981-1988 ; 1995-1997), candidat tête de liste du PS aux élections européennes (1984), ministre de François Mitterrand (1988-1992), deux fois candidat à l’élection présidentielle en 1995 et 2002. Il a été en outre Premier ministre de 1997 à 2002 dans un gouvernement de cohabitation sous la présidence de Jacques Chirac.

Le fonds comporte de très riches entretiens. Deux interviews diffusées dans les journaux télévisés de TF1, les 29 décembre 1981 et 14 février 1982, portent sur le bilan de la Convention nationale de Suresnes, sur la place et le rôle du Parti socialiste aux côtés du gouvernement, sur les divergences avec le Parti communiste, sur les échanges avec les organisations syndicales, ainsi que sur les critiques formulées par l’opposition à l’égard de l’action gouvernementale. Le 10 mars 1984, une interview télévisée donne la parole au premier secrétaire du Parti socialiste, à la veille de la réunion du comité directeur du PS, abordant plusieurs sujets d’actualité, parmi lesquels les tensions entre la Grande-Bretagne et les autres États membres de la Communauté européenne à l’approche d’un sommet à Bruxelles, les conflits sociaux en cours — notamment chez les mineurs et les agents de la fonction publique —, le dialogue entre les syndicats et le gouvernement, ainsi que le soutien du parti à la politique gouvernementale.. En janvier 1988, le magazine La preuve par cinq consacre une émission à Lionel Jospin : après un portrait d’archives retraçant son parcours, et des témoignages sur sa personnalité, ce long format permet au premier secrétaire d’évoquer son rôle et son action à la tête du PS. Critiquant la politique économique, sociale et culturelle du gouvernement Chirac, il présente le projet alternatif du Parti socialiste, et rappelle les mesures prises par les gouvernements socialistes entre 1981 et 1986.

Lionel Jospin est candidat du Parti socialiste à l’élection présidentielle en 1995 puis en 2002. Il présente notamment les grandes orientations de son programme lors de l’émission L’heure de vérité, diffusée le 26 mars 1995 sur France 2, soit quatre semaines avant le premier tour de l’élection présidentielle. Par ailleurs, le 7 avril 2002, il prononce un discours à l’occasion du meeting des élus de Paris organisé au Zénith. Cet événement rassemble des élus socialistes d’Île-de-France ainsi qu’une délégation de représentants socialistes européens. La captation réunit plusieurs discours, notamment ceux de Bertrand Delanoë, maire de Paris et de Louis Besson, président de la FNSER (Fondation Nationale des Elus Socialistes et Républicains).

Conclusion

Ce fonds est mis à disposition du public pour une consultation à des fins de recherche, sur place et sans possibilité de copie, dans tous les centres de consultation INA thèque. Il constitue une source de première importance pour l’étude de l’histoire politique contemporaine : par la diversité de ses formats, il permet d’approcher le Parti socialiste « de l’intérieur », dans ses modes de fonctionnement, ses débats idéologiques et ses stratégies de communication. Ces archives offrent aux chercheurs un matériau précieux pour analyser l’évolution du socialisme français, la professionnalisation du politique, la médiatisation croissante du discours partisan et les transformations de la vie démocratique, ouvrant ainsi de nombreuses pistes de recherche en histoire, science politique, sociologie des partis ou encore sciences de l’information et de la communication. L’intégralité des notices documentaires est consultable sur le catalogue en ligne.


Ressources

Blog Carnet de recherche de l'INAthèque : https://inatheque.hypotheses.org/

Pour aller plus loin

L’entretien patrimonial réalisé par l’INA avec Lionel Jospin retrace, sur près de six heures, son parcours personnel et politique, depuis son enfance marquée par l’engagement familial jusqu’aux grandes étapes de sa carrière publique.

Dans la base Autres fonds du catalogue INA : voir également Le Fonds du Parlement Européen (comportant des discours de François Mitterrand et Jacques Delors), et trois notices sur la Journée de commémoration du centenaire de la naissance de François Mitterrand organisé par l’Institut François Mitterrand avec la participation de l’INA, où a été présentée la fresque de l’INA proposant 300 archives audiovisuelles retraçant 50 ans de sa vie politique.

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