- Congrès national de Brest, discours de Pierre Mauroy - 1997
- Type de document
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- Date
- Fonds
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- Durée
- 00:21:46
- Réalisation
- Parti socialiste
- Thème(s)
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- Description
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Discours de Pierre Mauroy à la tribune du congrès national de Brest, lors de la séance du vendredi 21 novembre 1997, en tant que président de l'Internationale socialiste.
- Transcription
- Chères délégations fraternelles et chers camarades, après Pierre Ritner, Henri Nallet qui vient de s’exprimer au nom du Parti Socialiste français, je m’exprime devant vous ce soir en qualité de président de l’Internationale Socialiste, et avec la conviction que désormais aucun des Congrès de nos partis nationaux ne peut s’abstraire de la dimension internationale. Elle n’est pas seulement l’environnement de notre réflexion, elle est un facteur essentiel du devenir de nos politiques. Déjà en 1923 devant le Congrès de l’Internationale à Hambourg, Léon Blum évoquait cette solidarité inévitable d’un pays avec tous les autres pays, qui constitue le fondement inébranlable de notre action Socialiste internationale. Depuis cinq ans que j’ai eu la fierté de succéder à Willy Brandt dans ce rôle d’ambassadeur de notre Internationale auprès des partis Socialistes des cinq continents, je constate bien sûr avec vous que le monde a profondément changé et ce changement est souvent encourageant, voire même satisfaisant pour nous. La social-démocratie dans le monde a considérablement renforcé ses positions ces dernières années. Elle est naturellement présente en Europe, son creuset historique, où nos partis frères participent au pouvoir, directement ou indirectement, dans douze pays. C’est véritablement une nouvelle donne et cette situation sans précédent ouvre enfin à la perspective d’un avenir solidaire pour l’Europe, avec le sommet pour l’emploi qui s’est tenu aujourd’hui même à Luxembourg - et tout à l’heure on nous a fait une relation de ce qui s’était passé aujourd’hui même à Luxembourg - enfin l’Europe sociale que nous attendons depuis si longtemps est peut-être enfin en marche. Après les belles victoires de Tony Blair en Grande-Bretagne, d’Antonio Gutterres au Portugal, de Constantin Simitis en Grèce, de la Gauche italienne, nous espérons demain le succès en Allemagne et je salue tout particulièrement notre camarade et ami Oskar Lafontaine, le président combatif et chaleureux du SPD auquel j’adresse tous mes voeux de réussite. (Applaudissements) Et je n’oublie pas, bien sûr, la victoire française... Dans la salle - Ah ! Ah ! Pierre Mauroy - La très belle campagne présidentielle de Lionel Jospin en 1995 a permis deux ans plus tard de récolter ce qui avait été semé, et je suis heureux que nous puissions ici nous faire l’écho de l’opinion favorable des Français sur les six premiers mois de notre gouvernement qui construit le nouveau socle du changement. 700 000 emplois pour les jeunes, la réduction à 35 heures d’ici à l’an 2 000 de la durée du travail, l’amélioration du pouvoir d’achat des salariés, une entrée dans l'Euro qui respecte à la fois les critères de Maastricht et les conditions que nous avions posées pendant la campagne électorale, une législation qui rend la dignité aux étrangers, la priorité accordée à l’éducation et au logement, l’aide aux familles les plus démunies, pour ne citer que quelques unes des actions déjà réalisées ou engagées. Si nous sommes ici, nous le devons d’abord à la capacité de rassemblement de Lionel Jospin, Lionel Jospin est celui qui a su dans un moment très difficile pour nous tous, trouver en lui-même la force de l’espoir et insuffler un élan nouveau au Parti, d’abord comme candidat aux présidentielles, puis comme premier secrétaire, cette détermination et cette résolution qui lui sont propres ont constitué le ressort fondamental de notre victoire aux législatives et de la confiance qu’ont accordée les Français à ce Parti modernisé, féminisé et combatif. (Applaudissements) Mais, mes chers camarades, nous le devons aussi à François Mitterrand car il avait, avant tout autre, mieux sans doute que tout autre... (Applaudissements)... Compris où se trouvait la force du Socialisme, dans cette capacité d’être un projet à la fois rassembleur et unique, et aujourd’hui, à l’occasion de ce premier Congrès depuis sa mort, rappelons-nous les choix qui furent les siens de maintenir le cap de l’ouverture de la France à l’Europe et au monde, d’assurer la mondialisation plutôt que la refuser, sans jamais cesser d’affirmer le droit à la différence de la France et parfois du Socialisme français. Il nous a ainsi donné cette liberté dans la responsabilité qui reste aujourd’hui le symbole de notre Socialisme. Et aujourd’hui, c’est à la fois la continuité, c’est à la fois sans doute un nouveau cycle qui est ouvert par Lionel Jospin, je salue cette continuité et je salue ce renouvellement, ce nouveau cycle et je salue l’apparition d’une nouvelle génération aux responsabilités politiques. (Applaudissements) Au-delà de la France et de l’Europe, partout dans le monde d’autres espérances se lèvent. Chez vous au Mali, monsieur le Premier ministre, cher Ibrahim Boubacar Keita, où malgré les conditions très difficiles, vous avez su mettre votre pays sur la voie de la démocratie et du développement... (Applaudissements) ... Au Maroc, où à l’issue des dernières élections nos camarades de l’USFP ont marqué des avantages, et ils sont maintenant en mesure d’exercer leur pleine responsabilité politique devant leurs choix, et je les salue... (Applaudissements) En Argentine, où nos amis ont remporté un succès éclatant aux législatives partielles du mois dernier, et sont maintenant en situation de l’emporter aux présidentielles de 1999. Cette victoire, comme celle de nos amis mexicains, fait écho au succès politique et économique de nos amis chiliens. (Applaudissements) En Inde, chers camarades, le Janata Dal, parti membre de l’Internationale Socialiste, dirige le gouvernement de coalition et a engagé des changements fondamentaux, notamment en remettant en cause les castes. Au moment où nous allons célébrer le cent cinquantième anniversaire de l’abolition de l’esclavage par Victor Schoelcher, cette lutte de nos amis indiens rejoint notre combat essentiel pour la dignité humaine. Et ce sont les Socialistes qui mènent ce combat. La social-démocratie est ainsi au coeur de ce monde qui change. Certes, ces changements sont quelquefois inquiétants, voire même terrifiants, à commencer par la progression des intégrismes, et notamment de l’intégrisme islamique qui vient de répandre son horreur en Egypte. L’intégrisme touche aujourd’hui toutes les grandes religions du monde. Que l’on ne s’y trompe pas, il y a là une nouvelle tentative de rupture avec les idées bi séculaires de la Révolution française, faites de raison et de progrès. (Applaudissements) Ce fondamentalisme très largement condamné par les religions elles-mêmes, remet en cause la liberté de pensée, le statut social des femmes, l’éducation des enfants, le développement des économies et sans doute même - ce qui est le plus désespérant et le plus contraire à notre condition humaine - il incarne la négation du progrès. (Applaudissements) Prenons garde à ces formes modernes de fanatisme qui semblent condamner des pays entiers à l’obscurantisme et à la peur, et dont le danger de propagation est réel. Nous devons combattre ce fléau et nous savons bien qu’à long terme le renforcement des démocraties et de la justice sociale seront les meilleurs antidotes. C’est ce qu’ont compris nos amis algériens et je salue leur combat avec Ahmed, et je salue non seulement le combat de ceux qui sont à l’Internationale Socialiste mais de tous les démocrates algériens qui se battent dans l’ombre, et je salue le courage magnifique de ce peuple algérien au milieu de ses souffrances. (Vifs applaudissements). Nous ne sommes pas indifférents mais profondément solidaires de tous ceux qui luttent pour un autre destin de l’Algérie. (Applaudissements). Si les Socialistes sont partout aux avant-postes de la lutte sociale, c’est bien évidemment sur le terrain du combat économique que se joue la partie la plus difficile, mais cela a été toujours comme cela, cela fait plus d’un siècle que cela dure. Nous devons en particulier nous interroger sur les marges de manoeuvre dont nous disposons, plus particulièrement dans le monde en développement. L’effondrement du Communisme a engendré une nouvelle forme de système libéral plus rude, plus déshumanisée, et pratiquement sans contrepoids parce qu’il s’est délibérément installé au niveau multinational et que ses gigantesques errements financiers sont aveugles, et du fait de la prédominance libérale, le monde d’aujourd’hui est fait de plus en plus d’interdépendance et de moins en moins de solidarité. Si nous avons aujourd’hui, mes chers camarades, un combat essentiel à mener c’est de répondre à la mondialisation économique. A cette mondialisation économique nous devons répondre par la mondialisation politique, la mondialisation de nos idées. Et cette réponse c’est ensemble, au sein de l’Internationale Socialiste, que nous pourrons l’élaborer. (Applaudissements) J’ai souhaité et demandé à Felipe Gonzalez de présider une commission spéciale « Progrès global », qui doit réfléchir à l’avenir de la social-démocratie. Avec l’aide des fondations sociales-démocrates, dont la Fondation Jean Jaurès, cette commission va animer un certain nombre de colloques dont les thèmes – « violence urbaine », « éducation et progrès global », « mondialisation et identité », « le développement durable » - nous permettront de mieux préparer le 21ème siècle où nous sommes sans doute déjà. C’est au nom de la mondialisation de nos idées que nous proposons avec notre camarade Ingvar Carlsson une profonde réforme de l’organisation des Nations Unies dans le sens d’une meilleure représentativité de ses institutions, en particulier au profit des pays en développement. (Applaudissements) C’est au nom de la mondialisation de nos idées que nous affirmons que la démocratie est partout le meilleur garant du développement des sociétés et c’est pourquoi nous sommes présents sur tous les fronts des droits de l’homme, comme en Birmanie où Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la Paix, subit l’oppression de la junte birmane qui a confisqué le pouvoir. C’est au nom de la mondialisation de nos idées que nous soutenons les processus de démocratisation en Afrique, fondés sur le dialogue et l’établissement de procédures électorales transparentes, qui permettent aux peuples de se déterminer librement. (Applaudissements) Cela n’a malheureusement pas été le cas au Cameroun, à l’élection présidentielle d’octobre dernier, et je tiens à redire toute ma solidarité à mon ami John Fru Ndi, ici présent, qui mène un combat courageux dans son pays. L’instauration de systèmes démocratiques stables est le seul moyen de consolider durablement l’équilibre du continent. Et je réaffirme ici solennellement la solidarité de l’Internationale avec les forces qui luttent sur le continent africain contre l’oppression, de la Côte d’Ivoire à la Mauritanie, en passant par la Guinée-Conakry, contre le totalitarisme du Togo au Burundi en passant par le Niger ou la Guinée Équatoriale. Je vous salue tous, délégués africains, fraternellement. Vous êtes ici venus nombreux témoigner de l’Afrique de demain. (Applaudissements) Mais nous savons aussi que la démocratie va de pair avec le développement. Celui-ci s’amplifiera avec la mise au point de la réforme de la coopération française et celle de toute l’Europe à laquelle Pauline Green, comme présidente du groupe Socialiste au Parlement européen, s’est attachée avec une détermination à laquelle je rends hommage. Cette réforme devrait privilégier les dynamiques régionales et conduire à la diversification des économies africaines. C’est au nom, mes chers camarades, de l’internationalisation de nos idées que nous sommes solidaires des démocrates de l’ancienne Union Soviétique, que ce soit en Moldavie, en Ukraine, en Biélorussie et en Russie où ils mènent un combat difficile. Je tiens en particulier à saluer les représentants du Yabloko russe, et le député de Saint-Pétersbourg, M. Golov qui le représente ici. C’est au nom de la mondialisation de nos idées que nous appuyons les efforts des partisans de la paix au Moyen-Orient contre l’aveuglement cynique du Premier ministre Netanyahou qui, jours après jour, a étouffé l’espérance et a conduit son pays comme l’ensemble de la région dans une impasse extrêmement dangereuse et lourde de tous les dangers. (Applaudissements) Au point qu’aujourd’hui, il apparaît clairement que seul de retour de la Gauche israélienne au pouvoir pourrait empêcher l’irréparable, et je salue ces représentants de la Gauche qui sont parmi nous. (Applaudissements) L’Internationale Socialiste, première force politique du monde, force politique d’espoir, même si elle n’a pas toujours les moyens, loin s’en faut, d’une action à la hauteur de sa responsabilité, est seule à même de rassembler toutes ces formations en mouvement. Alors qu’elle ne comptait qu’une quarantaine de partis au lendemain de la guerre, elle en accueillait 110 au Congrès de Berlin il y a cinq ans, 139 au Congrès de New York en 1996, et elle espère fédérer, au prochain Congrès, plus de 150 partis frères, devenant réellement universelle. Oui, l’Internationale Socialiste universelle est depuis l’écrasement du mur de Berlin ce mouvement qui se perd à travers le monde et sur tous les continents vers la sociale démocratie. Cette Internationale qui ne cesse de s’élargir vient de se réunir pour la deuxième fois en Asie. Notre prochain Conseil international se tiendra à Oslo. Nous nous retrouverons ensuite à la fin de l’année prochaine en Argentine à quelques mois de cette élection présidentielle dont nous espérons qu’elle permettra à nos deux partis membres de vaincre le péronisme et ses divers avatars. Je salue ici celui qui s’est exprimé au nom de l’Amérique, Amérique des Caraïbes, Amérique centrale, je le salue, il mène en Haïti au nom du PAMPRA quel combat extraordinairement difficile, mais c’est justement vers ceux qui mènent les combats les plus difficiles, quelquefois même très difficiles, que va peut-être notre plus grande solidarité. Voilà pourquoi je salue son représentant. Enfin, je suis heureux d’annoncer que François Hollande m’a confirmé l’invitation du Parti Socialiste pour que l’Internationale se réunisse à Paris en 1999. (Applaudissements) Je suis persuadé que le gouvernement de Lionel Jospin réussira demain comme il réussit aujourd’hui et que nous aurons, chers délégués de l’Internationale, le grand plaisir de vous recevoir en France, à Paris. J’y vois un message d’espoir [PARTIE COUPEE DANS LA VIDEO : que je voudrais dédier à nos amis étrangers qui se battent aujourd’hui dans l’opposition. Ils se rappellent de notre dernier Congrès, à Liévin en 1994. La gauche venait d’être défaite, et trois ans plus tard, nous avons reconquis le pouvoir parce que nous incarnions une alternative juste et crédible, parce que nous étions, avec Lionel Jospin, avec l’ensemble des Socialistes, avec toute la Gauche française. C’est extraordinaire comment le Socialisme,] comment les partis socialistes peuvent être défaits par les réactionnaires, les conservateurs, mais avec quelle rapidité aussi ils sont capables de renaître. Ce qui est vrai en France est vrai ailleurs mes chers camarades. Cette victoire du printemps dernier nous confirme dans une triple conviction qui est aussi une espérance collective pour nous qui voulons réussir le changement global. Il n’existe de meilleure stratégie que le rassemblement des forces de gauche, il n’existe de plus puissant moteur du changement que la force des idées. On m’a dit dernièrement en Inde : « Mais comment, les multinationales... C’est vrai, pourquoi l’Internationale Socialiste ne créée-t-elle pas une multinationale ? » Ah ! Mais l’Internationale Socialiste et vous, vous êtes porteurs de quelque chose qui est peut-être plus fort que les multinationales et qui, un jour, s’imposera, ce sont vos idées, c’est votre combat. Et enfin, il ne faut jamais désespérer de la démocratie. Le sens de notre combat, l’objectif de nos actions, est qu’elle devienne le mouvement naturel de l’histoire. Au point où nous sommes, ces idées ont traversé le siècle, elles viennent de l’autre siècle et je suis persuadé qu’elles traverseront le 21ème siècle qui est à notre porte. Merci de votre attention. (Applaudissements)
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- Remarques
- Document numérisé dans le cadre d’une convention de partenariat avec l’INA.
- Mots clés
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- Ressource
- Base de données des débats socialistes et frise chronologique des congrès du Parti socialiste
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